Un blog dédié à la naissance

Cette grande inconnue qu’est la naissance

Naissance Moïse
18 Juil 2017

Cette grande inconnue qu’est la naissance

Par Maïtie Trélaün dans Témoignages

Lorsqu’Anastasia nous parle de la naissance de son premier enfant Moïse, je trouve qu’elle vous donne en même temps pleins d’éléments pour vous encourager à trouver votre chemin au travers de cette puissance de la mise au monde.

En parlant avec elle sur Skype, alors qu’elle était enceinte, j’ai été impressionnée par cette connexion qu’elle a autant à son corps qu’à son bébé. Je lui laisse la parole et je suis heureuse qu’elle ouvre la porte aux témoignages.

 

JOURNAL DE NAISSANCE

Moïse,
Lundi 20 Mars 2017.

Il est des initiations accessibles de tout temps et en tous lieux. Depuis toujours et pour la vie, la naissance est une porte d’évolution pour chacun, un gage de résurection pour nous tous.

 

La décision de naître

Ma grossesse tend à sa fin, et demain sera le dernier moment de préparation à la naissance que nous vivrons tous les trois, Quentin, mon bébé et moi, avant le grand passage. Avec Amandine, notre sage-femme, nous partagerons autour de l’intensité de la naissance… Cette douleur, que je ressens si loin de moi, et que sûrement, je n’ai pas envie de rencontrer.

Cela m’interpelle, à l’interieur de moi, j’ai ces images de naissances magiques, magistralement belles et tendres. Une attente? Peut-être. J’ai hâte, c’est tellement intriguant pour moi, ce mystère par lequel nous passons tous.

Dans la nuit, un message me fut envoyé par un rêve. C’est un de nos moyens de communication sensitive avec mon petit garçon. J’adore le fait que nous puissions communiquer de cette façon. D’ailleurs, notre grossesse me conforte dans ces capacités d’échanges sensitifs au delà des corps… ou en dedans?

J’appelle Quentin par téléphone, en lui disant que j’ai des contractions régulières mais que je ne suis pas sur que c’est le jour J. Il me demande d’être attentive et qu’il reviendrait du travail si c’est le début. Ensuite, je me retrouve dans un paysage de campagne, un taureau vient tout à coup vers moi, tenu par un ami, qui me dit « Rassures-toi, il ne te fera rien. » Ensuite, c’est une licorne que je vois, endormie, paisible. Tout à coup, je suis propulsée sur le toit d’une maison: mon ami me demande de regarder vers le ciel, mon père et mon frère sont aussi présents. Les cieux appèlent mon regard. Tout à coup, j’ai une immense contraction, qui me plie en deux. Je suis intensément attirée vers le sol, c’est « lourd », la douleur est très grande. Puis, plus rien. La douceur fait surface. J’observe alors un cordon argenté se dérouler de mon ventre vers plusieurs strates dans les cieux. A chaque étage, un animal aparaît, un lapin, un lion, et tant d’autres de ces connexions se font très fougueusement. Cela me fait penser aux connexions neuronales de notre système nerveux humain. Je ressens un pétillement doux, la volupté est reine.

Un tunnel de lumière fuse vers les plus hauts lieux de la galaxie.
Une voix, dans mon coeur, murmure : « Ca y est, ça a commencé. »

L’éveil du corps

Depuis une semaine déjà, je perçois les messages de mon corps qui me chuchotent que la naissance de notre fils approche. Il y a 7 jours, d’ailleurs, la nuit du rêve, était le jour de la Sainte Mathilde, nom de sa future marraine. Le soir même, c’était un mardi, de premières contractions, régulières, me firent éfleurer l’intensité du passage qui se préparait. Quentin revenait du travail et mes beaux parents venaient manger le soir.

Finalement, ce n’est pas cette nuit là que la naissance eu lieu, et le calme revint en moi. Je restais sur le bord de la mer, le regard porté sur l’horizon.

Les jours qui suivirent, je restais en contact avec les messages de mon corps. Des images, des symboles venaient pour me rassurer ; ma douce sage-femme, qui était venue déjà le mardi, m’accompagnait en pensée et présence à travers les différentes peurs et questionnements qui me traversaient.

Pendant ce moment de « retraite », j’ai alors pris conscience à quel point tout ce processus me dépassait et qu’il ne dépendait pas de moi. C’était si grand, si vaste, que rien ne pouvait le contrôler ou l’orienter. Non, je n’avais rien à « faire » de plus ou de moins. Non, je n’avais rien à penser différemment. J’eu simplement envie de rester profondémment connectée à mon coeur. J’ai appris la patience, la foi en la vie qui se manifeste par nous. C’était si pur, si vrai et si vivant, que j’en étais émue de joie.

Avec mon compagnon, aimant et présent, Quentin, nous avons amené cela à l’intérieur de notre couple. Comme une bulle parfumée d’amour, une ressource en la Vie telle qu’elle se manifestera, avec la certitude que le moment décidé sera idéal pour nous trois. Bien sûr, nous avons ressenti des moments de doutes, avec cette envie de décider du jour de sa venue, ce besoin de se rassurer face à cette grande inconnue qu’est la naissance. Assez vite, nous avons décidé d’abandonner cela, et de nous offrir à ce que la naissance souhaitait nous apprendre.

Durant une méditation, j’eu une sorte de vision, qui m’indiquais que « tout » se mettait en place. Je patientais.

 

Le début du printemps

C’est alors que, le Lundi 20 mars 2017, premier jour d’une semaine nouvelle et 1er jour du printemps, arriva.
Certains disent qu’il s’agit du véritable « Nouvel an » de la Terre, L’An 1.

Cette idée, remplie de puissance, amène une sérieuse sérénité dans mon coeur, ainsi qu’un sentiment de respect pour toi, mon fils, et pour la vie.
Le jour s’éveille paisiblement, les rayons du soleil se faufillent par la fenêtre. Leur chaud contact sur ma peau est doux et la volupté s’installe en moi.

Je remarque alors, étrangement, à quel point le corps de mon bébé est « autre » que le mien, que nous sommes deux corps disctincts. Cette sensation est très forte et m’amène à prendre conscience que l’expérience de la grossesse se termine. Une petite étincelle de tristesse me traverse, furtive, rapide, tant j’ai hâte de rencontrer l’expérience de l’accouchement, et bien sûr, mon très cher fils. L’espoir fleurissant dans mon coeur, je me laisse bercée par l’idée que, peut-être, aujourd’hui sera le jour de notre rencontre, mon tendre bébé.
Les heures passent. Quelques légères contractions sont présentes, comme d’habitude.

Quentin m’appella ce matin-là, ainsi que plusieurs fois dans cette journée, pour savoir comment je me sens dans mon corps. Je perçois son excitation à l’idée que l’accouchement soit pour bientôt. Je perçois aussi combien il a hâte, autant que moi au moins, de rencontrer son bébé. J’en suis touchée et heureuse de sentir son enveloppement et sa présence dans cette transition, avant le grand saut.

Après un repas partagé avec mon aimé, il reprit la route du travail et l’après-midi s’installa. Je ressentis peu à peu quelques contractions légèrement plus douloureuses dans mon dos ; elles me semblaient très espacées. Des petits picotements dans le bas de mon ventre, m’amènent à m’installer confortablement dans mon fauteuil, celui que mon homme avait acheté juste pour moi. Je l’appelle « mon fauteuil de reine« . Et comme ce nom lui va bien !

Je prend goût à m’abandonner, blottie dans ce gros coussin blanc tout mou et tout cocoon. J’allume mon téléphone et décide de mettre une musique pour me relaxer, je choisis une mélodie de flûte indienne, pour mieux rester en contact avec celle que je suis. Peu à peu, je me sens glisser dans un état second, mes yeux trouvent de la douceur à rester fermés. Je laisse venir à moi des images de vagues et d’océan. Je n’avais pas envie de regarder l’heure pour savoir toutes les combien les contractions ont lieues. Je me dis que de toute façon, si le moment est venu, je le saurait bien assez tôt. Mon corps m’aspire vers lui, il appelle mon attention à chaque petite sensation, chaque émotion, chaque mouvement de mon bébé. C’est un moment très agréable, je me sens bercée par ces contractions, parfois un peu plus fortes, je me sens au chaud, dans mon cocon, avec mon bébé, complètement connectée à… ce quelque chose qu’aucun nom ne saurait décrire.

Je me repose. Mon corps a besoin de cela, je le sens.

Il est environ 17h ou 17h30 quant ma sage-femme m’appelle, suite à un message que je lui avait envoyé la veille. Je l’avais appelée simplement pour faire le point sur les émotions qui se manifestaient en moi. Au téléphone, elle sentit que la mer en moi était en mouvement. Elle me proposa de visualiser cette mer. Je me vois alors, avec de l’eau jusqu’à la taille, puis sur le dos, à fleur d’eau, bercée par les vagues salées. Je ne savais pas encore si, comme une semaine plus tôt, j’allais revenir sur le sable, ou si la mer allait m’emporter plus loin que jamais elle ne l’a fait. Mon intuition me disait que mon bébé était en chemin, et bien que mon intellect peinait à le croire, je sentais au plus profond de moi que mon fils naitraît dans les heures à venir.

 

Le grand départ

Quentin rentra du travail peu de temps après, j’étais soulagée de le ressentir près de moi. A son arrivée, des étoiles brillaient dans ses yeux alors que je lui annonçais ce que je ressentais. Amandine m’avait dit qu’elle restait près de son téléphone si les choses se précisaient ce soir. Je suis grandement reconaissante pour toute cette présence qu’elle m’a accordé au fil de ces moments.

A son arrivée, mon homme me fit un doux massage des pieds, puis les contractions s’espacèrent et le calme revint. On se dit alors que, non, ce n’est pas pour cette nuit.
Je suis un peu frustrée, j’ai tellement envie d’être embarquée par mes contractions et d’accoucher ce soir ou cette nuit. Nous décidons de nous installer devant la télévision pour manger. Ma belle-mère est au téléphone avec Quentin, qui lui explique que les contractions se calment et que ce n’est pas encore pour cette nuit. J’ai besoin de me déconnecter et je me répète alors: « C’est la mer qui viendra te chercher, tu n’as rien à faire pour cela, juste accueillir ce que tu ressens ».

Soudain, j’ai envie de prendre une douche. Et, surprise! En rentrant dans la salle de bain, la poche des eaux se rompt d’un coup, et une grande quantité de liquide se faufile entre mes jambes ! Je suis stupéfaite.. et très d’apparence très cool, d’après mon homme.

Aucune contraction. La joie envahit nos coeur, Quentin se tenait debout devant la porte et riait de voir ma réaction, alors que ce sublime liquide tout chaud s’écoulait entre mes cuisses. C’est un merveilleux souvenir pour nous.

Je rentre alors dans la baignoire, et j’appelle ma sage-femme: elle me propose d’arriver 1heure plus tard, en effet je n’ai pas de contractions et je me sens très bien, nous avons donc le temps. Il n’y a plus d’eau chaude ce soir à la maison, je me rince rapidement, et je sort de la baignoire, alors que Quentin y resta pour se doucher. A ma sortie, je me place alors devant le petit chauffage électrique ; cette douce chaleur m’enveloppe et me fait un grand bien.

Tout à coup, je sens quelque chose de puissant à l’interieur de moi : mon bébé plonge dans mon bassin avec une force extraodinaire. On entend « TOC »: je crois que sa tête a heurté les os de mon bassin. Ca se passe devant, au niveau de mon pubis. Je suis propulsée vers le sol, à genoux, tant la douleur et la puissance de ce mouvement sont grandes. J’entendis alors une petit voix à l’intérieur de moi: « Maintenant, ça va déménager. » J’ai peur et je suis aussi très enthousiaste. Je décide de me laisser complètement emportée. Enfin, j’ignore si ce fut une réelle décision. En fait, cela s’est imposé à moi, à ce moment, avec du recul, je sais que je ne contrôlai plus rien, il fallait laisser faire. C’était une certitude, le travail commençait.

 

Sur la route de la naissance

Soudain, je ressens le besoin d’aller aux toilettes. Je demande alors à Quentin de sortir de la salle de bain. Il restait de l’autre côté de la porte, j’étais heureuse qu’il comprenne mon besoin d’intimité de cette facon. J’espère de tout coeur que cela ne l’a pas trop chahuté. Moi-même, je l’étais tellement. Les contractions étaient intenses, et mon corps libérait ce qu’il fallait pour faire la place à mon enfant. De mon mieux, je l’accompagnais.
Suite à cela, vers environ 20h30, les contractions se firent très fortes et je sentis la montée en puissance de la naissance prendre mon corps dans son tourbillon. Je me mis à 4 pattes sur le tapis de la salle de bain, le petit chauffage électrique tournait, cela me fiasait tellement de bien…
A chaque contraction, mon bassin est totalement prit par la vague, je me rends compte à quel point tout cela me traverse et qu’il est bon que j’ouvre mon corps… mais pas que. C’est dans mon coeur, dans mes émotions, dans mes organes, que cela s’ouvrait. J’accueille au mieux mes peurs, ma surprise face à la douleur, puis le calme et la douceur de chaque moment de pause.

J’étais incapable de me redresser, je restais à genoux ou à 4pattes, alors que Quentin était hors de la pièce pour rassembler les affaires. Au sommet de la contraction, je ressentais beaucoup de douleurs, et entre chacune d’elles, je faisais en sorte de revenir à un état de repos le plus total possible. Cela me semblait court, mais tellement important. Je rechargeais mes batteries dans ce moment de détente absolue. Je me chuchotais intérieurement que tout allai bien se passer, de faire confiance à la naissance. Je disais à mon bébé combien je l’aimais et que j’étais là avec lui, qu’on vivait cela ensemble. Plus les contractions se manifestaient, plus je voyais mon corps s’adapter : des sons graves sortaient de ma gorge sans que je puisse les contrôler, cela me faisait un bien fou, je me focalisais sur ces sons, sur la… vibration. Elle guidait mon corps et, amplifiait mon ouverture, comme un écho.

Puis vers 21h, ma chère sage-femme arriva.

J’entends Quentin me dire qu’Amandine est arrivée. Je sens le contact de sa main sur mon épaule, et sa présence enveloppante. J’explose en sanglots, tant la douleur est présente. Je me sens profondémment vulnérable et j’ai peur.

Comme nous avions le projet d’accueillir notre enfant en plateau technique, à Lens, à 30 minutes de chez nous, elle me proposa de m’examiner : j’acceptais. J’étais en travail à 3 cm… « Oh mon Dieu, seulement 3 cm! », me disais-je intérieurement. Les contractions étaient très très rapprochées et la douleur dans mon dos m’amenait à me pencher vers l’avant au maximum. Amandine, me demanda comment je sentais les choses, je lui répondis telle qu’elle: « On part maintenant sinon j’accouche içi. »

Avec beaucoup de douceur, elle vint m’habiller alors que Quentin chargeait et chauffait la voiture. J’avais tellement envie d’être dans ses bras, ceux de mon homme, mais je me disais qu’il suffisait de faire la route et Hop, nous pourrions nous détendre ensemble, dans notre cocon. Il fallait encore tenir jusque là-bas. Et puis, là-bas, il y avait un bain chaud qui m’attendait.

15 minutes plus tard, 21h15, nous étions sur le chemin vers Lens. La route fut difficile pour moi, Quentin accompagnait les sons graves qui sortaient de mon corps, tandis que je cherchais une position sur le côté pendant les contractions. J’avais si mal que je tapais dans la porte ou sur le sol quand le point maximal de la contraction était atteint. J’avais peur de ne pas réussir à accueillir toute cette douleur si le travail durait 5 ou 7 heures, c’était si intense. Je songeais à la péridurale.

Puis, alors que je m’autorisais à accueillir cette pensée, je me recentrais sur mon bébé, ma respiration. J’entendis : « Le seul endroit où tu dois être, c’est dans ton corps. » Je restais avec cette parole céleste dans mon coeur et revenais à mes sensations de douceur qui espacaient les contractions.

Le trajet passa plus vite que je ne l’aurais pensé. Mais une fois arrivés : le dossier de suivi était resté à la maison. Amandine proposa que Quentin aille rapidement le chercher le temps que nous entrions dans la salle.

Je sors de la voiture, mes yeux peinent à s’ouvrir. Amandine se dirige vers moi pour me couvrir: « Il pleut ma belle ». Une contraction. Je m’appuie sur la voiture pour l’accueillir. Puis ils me demandent si je préfère que Quentin ou Amandine reste auprès de moi. J’ai envie que Quentin reste, et en même temps, Amandine. Je ne suis pas en mesure de prendre cette décision, je suis dépassée. Quentin part. Je suis tellement triste dans mon coeur de le voir partir. Mais bon, il reviendra vite. Il m’embrasse. Une autre contraction.
Les contractions étaient très fortes. Alors que nous nous dirigions vers la salle, l’équipe demanda à Amandine de s’habiller comme au bloc, ils n’étaient pas informés que nous arrivions. Elle partit le temps d’une contraction que je vécus seule dans le couloir, alors qu’une autre sage-femme souhaitait m’amener dans la chambre. Elle parlait fort, et la lumière était vive. « Venez madame, on va aller dans la salle de naissance. » Je ressens de la colère. Je lui retorque sèchement mais je laisse passer la contraction avant. J’entends au loin, d’un ton plus doux « oui.. bien sûr madame. » La contraction s’échappe, et je ressens Amandine auprès de moi.

Nous entrons dans la salle.
« Aller, tu te désapes ma belle, je fais couler le bain, me dit Amandine, tout en faisant couler l’eau.
Ok », répondis-je, alors que la moitié de mes vêtements étaient déjà sur le sol, mais j’ai besoin d’aller au toilettes avant…

Une fois dans cette petite pièce, j’étais à nouveau seule, deux contractions se succédèrent en ce qui me parut moins de 3 minutes avec à la fin une poussée de mon corps, et un cri sortant de ma bouche. Amandine rentra vite dans la pièce.
« Ça pousse ! m’écriais-je, tout en soufflant.
Permets-tu que je t’examine ? demanda Amandine en me regardant, munie de son doigtier.
– Vas-y, lui dis-je, en ouvrant mon corps.
Tu es déjà à 6-7 cm ma belle. Crois-tu que je devrais rappeller Quentin ?
Je ne sais pas, mais ça va très vite, lui répondis-je en me dirigeant vers la baignoire fumante.
J’appelle Quentin ! » me coupa-t’elle tendrement.

 

Le pouvoir de l’eau

Je me précipite alors dans la baignoire fumante. L’eau est très chaude, je m’y glisse assez rapidement alors qu’une nouvelle contraction m’emporte. Les lianes, suspendues au dessus de ma tête, m’effleurent… je les saisis. Les contractions se suivent, avec toujours cette sensation de poussée à la fin de chacune d’elles. Mon corps fait tout. Je ne fais rien. Je n’ai rien à faire. Je navigue, dans les eaux fumantes, elles-aussi, de la mère en moi. Je reste en lien avec mon bébé:

« Mon fils, je suis là, avec toi… Tu es si courageux mon fils, je suis si fière de toi… »
J’ignore si ces paroles résonnaient dans mon coeur, ou si je les murmurais. La réalité me semblait inversée, rien d’autre n’était plus réel que les sensations que j’épprouvais. Tout le reste, n’était plus.

Amandine s’approcha et souhaita écouter le coeur de mon bébé. En effet, nous le l’avions pas entendu du tout depuis le début du travail, le départ de la maison s’étant fait dans la rapidité.

Elle ne trouvait pas le coeur de mon bébé. Nous n’entendions pas ces battements si rythmés et sautillant de ton coeur. Pendant plusieurs minutes.

Il me semble que, inconsciemment, j’avais envie que ce capteur disparaisse : je bougeais, comme pour m’en défaire. Puis, je sentis qu’Amandine devenait nerveuse. Je restais calme, je SAVAIS que mon bébé allait parfaitement bien. Elle me demanda de me redresser pour qu’elle puisse écouter, ce que je fis après la contraction suivante.

Tendrement, nous entendîmes ton petit coeur, mon fils, nous murmurant, gallopant, que tu choisissais la vie.

Ensuite, je sentis ta tête de plus en plus fortement « là-bas », « tout en bas ». Je mis ma main sur ma vulve, et sentis mon périné ouvert. Et, juste au bord, tes petits cheveux tous doux. Je dis alors à Amandine, les yeux toujours fermés:

« Il est là. Mon bébé est là.
Permets-tu que je t’examine ? me dit-elle, calmement.
Oui, chuchotais-je.
En effet, tu es « à complète » ma belle.
Oh mon Dieu ! Où est Quentin? »

Je fus prise alors d’une grande tristesse, je ne supportais plus ce que je ressentais, c’était si fort… si intense… Non. Amandine se rapproche et me câline tendis que je craque un peu dans ses bras, toujours surpendue grâce aux lianes.
Je parle à mon bébé, en lui demanant d’attendre son père. Je lui dit que j’ai besoin qu’il soit avec nous. Je sens alors qu’il attend, lui aussi.
A ce moment, ce que je ressentais, les vagues, ces murs d’eau, me laissaient alors, seule.

 

Le retour de Quentin: le grand saut

 » Allez Quentin…, répétais Amandine.
Allez…, soufflais-je à mon tours… ». Je fixais la porte en face de moi, tout en acceuillant les contractions une à une.

22h00. Amandine sort de la pièce, je ressens de l’agitation. Ça y est, Quentin est là !
Je suis submergée de bonheur, il vient près de moi, et m’embrasse très fort.

« Où est ton monitoring chérie ? me dit-il
Bébé est là ! Veux-tu sentir ton fils ? » lui dis-je, sans entendre sa question.
Il plongea alors sa main dans l’eau chaude et effleura sa tête. Nos regards pétillaient de joie.
Alors, il se désabilla et me rejoint dans l’eau. Ce moment nous tenait beacoup à coeur… Nous étions face à face, et la volupté s’installa dans notre cocon d’amour. Pénombre, silence, intimité, chaleur, sensualité, caresses… Ce fut un moment merveilleux, bien que très rapide, une fois encore.

10 minutes plus tard, je ressentis le besoin de me mobiliser, de changer de position. Essayant de trouver ma position dans l’eau chaude, les contractions se transformaient de plus en plus… Tout à coup, je fis la rencontre du Cercle de feu.

 

Le cercle de feu

A chaque contraction, la répétition s’opérait, comme pour préparer en douceur l’ouverture de la dernière porte menant vers la vie.
La contraction démarre, je n’ai pas mal, je sens l’intensité monter assez rapidement et prendre place dans tout mon bassin. Cette sensation est assez agréable, et à la fois très puissante. Arrivée à son maximum, la vague se transforme dans mon corps en une poussée réflexe qui fait danser mon bébé, maintenant dans mon vagin. Je sens son petit corps glisser sur les parois de mon intime, dans un mouvement de va et viens. Cette poussée autonome, mon corps la traduit par un son grave et animal sortant de ma gorge. C’est irrépressible, et… ça fait du bien !

Il y a déjà du certain temps que je vis ce mouvement dans mon corps, or, je le ressens différemment depuis que Quentin est auprès de moi.

Je le laisse me traverser, de toute sa puissance. Lorsque je m’autorise à ouvrir sans résister, j’ai moins mal, de plus, je ressens comme une pluie fraîche me traverser, un frisson magistral du haut de mon corps vers le bas, et de bas en haut. Ce frisson me met un peu mal à l’aise, c’est si intense… J’ai peur et je n’ose pas l’accueillir pleinement. Il semblerait que je souhaite garder un minimum de contrôle…? Non. Je n’ose pas ouvrir jusque là. Pas encore..

C’est alors que, chaque fin de contraction me propose encore une autre forme de sensation, ce que les femmes appellent : le Cercle de Feu. Je me souviens avoir eu cette pensée la première fois, pour toutes les femmes que j’avais accompagnées au fil de leur accouchement. Cette sensation revenait souvent, et j’avais en image des peintures de femmes donnant la vie, dans des flammes de résurection.
La contraction s’engouffre dans mon bassin et les flammes entourent alors mon périnée. Comme un tunnel de lumière d’une intensité incomensurable, je ressens le feu brûler ma peau. Je mets ma main sur mon périnée. Je suis très surprise : il est si tendu, si étiré… C’est un choc pour moi. Je commence alors à caresser la tête de mon bébé, en répétant : « Doucement, douuuuucement….. »

Je pris la décision de sortir de l’eau pour m’installer sur le divan. L’eau m’avait bien aidée, mais à ce moment-là, je n’en avais plus rien à faire ! J’avais besoin de bouger.
Je me mis alors à 4 pattes sur le divan. Mais ce ne fut pas la position idéale, je cherchais, je sentais ce qui me permettrait d’ouvrir plus encore. Finalement, c’est la position du « Prince », avec un genou à terre, qui m’aida. Je sentais le besoin d’ouvrir très fort le côté droit de mon corps, je tirais mon genou droit avec ma main pour « ouvrir ».

La puissance était immense, et ce contact avec les flammes était très douloureux pour moi. J’avais peur de ces flammes, peur de plonger dans cette profonde chaleur, lave de la terre, peur de m’y enraciner. J’essayais, à chaque contraction de trouver un moyen pour amener de la douceur sur mon périnée. Ma main était toujours dessus, je sentais ma peau très tendue et l’immense besoin de ralentir. Entre mes sons venus de la Terre, je continuais à murmuer, comme un mantra :  » Doucement, doucement, doucement, doucement… « 

Je remarquais alors que lorsque je me détendais et que je « lâchais » la contraction, la fin était plus agréable, et la brulûre durait moins longtemps. Comme si j’ouvrais un espace à l’intérieur de moi, plutôt que de chercher à contenir. Etre ouverte d’abord à l’intérieur pour que mon corps puisse s’ouvrir à son tour… voici un des chemins que j’ai emprunté.

 

Au bord de la falaise : l’envol.

Puis, j’ai eu tout à coup face à moi une peur immense : j’avais l’impression de me briser, de me déchirer, d’être tellement ouverte que mon corps allait s’éparpiller dans la pièce. C’était très douloureux, dans mon corps et dans mon coeur. Je fus prise de panique, et je mis mon corps en mouvement : il fallait à tout prix que ça s’arrête ! Je ne savais pas quelle position adopter, je me mis à appeler Amandine, disant à Quentin qu’il fallait qu’elle se rapproche. Je me mis sur le dos, les jambes écartées au plus fort la douleur était insupportable, et la peur que j’en avais, d’autant plus. Je chuchotais à Amandine : « J’ai peur de me déchirer ! »

Amandine, qui s’était alors rapprochée, m’invita à essayer de rapprocher mes jambes plutôt que de les écarter très fort. Cela me fit beaucoup de bien. Je retrouvais ma position du Prince, tout en gardant ma main sur la tête de mon bébé. Amandine m’invita à envoyer de l’amour à mon périnée, de la vie au cœur de mes cellules. Ce fut doux et rassurant. Je continuais à accueillir chaque contraction, poussée, brûlure au sein de mon corps, les sons vibraient de plus en plus fort. J’étais tellement impressionnée par ce qui se passait, je sentais, sous ma main, mon périnée se tendre, mon vagin s’ouvrir si fort… je sentais la tête de mon bébé totalement dans ma main, les bords de mon vagin épousaient la rondeur de sa tête, mon anus était dans une ouverture complète… Seule la tête de mon bébé emplissait tout l’espace de mon bassin, j’étais à l’ouverture maximale, ce qu’on appelle « Le grand couronnement ».

 

Mon petit Prince naissait, au royaume de la vie

Tout à coup, je fus prise d’un sentiment de désespoir total, très furtif, je sentis que j’étais au bord de la falaise, j’en avais conscience, mais je n’osais pas sauter. Je ne savais pas par où passer.

« Il faut qu’il sorte ! » m’écriais-je

Amandine m’encouragea avec une parole forte et une autorité me mettant face à ce précipice : « Aller,on y va! Tu peux pousser pour l’accompagner ».
Elle mis sa main sur mon périnée, et, inconsciemment, je repoussais sa main pour y remettre la mienne. Quentin aussi avait mis sa main sur mon sexe, pour accueillir son enfant.

Moi qui ne voulais surtout pas pousser, je me souviens m’être autorisée à plonger en me disant : « Aller, maintenant, on y va mon bébé, je suis avec toi ».

Et, tout bascula, je m’abandonnais totalement dans la précipice. Je m’autorisais une poussée, puis une autre…
Et, enfin, dans un cris immense, je sentis la tête de mon bébé sortir du mien, glisser entre mes mains, puis son corps, en une seule fois ! Un sentiment de soulagement, de fierté, de bonheur m’envahit. La seule chose que je pus dire était : « Oh! .. Mon bébé »

Nous accompagnèrent notre bébé pour sa sortie de mon corps, Quentin et moi, et Amandine lui déroula les 3 tours de cordon qu’il avait autour du cou. Cela, je ne le vis pas tout de suite.
Nous avons accompagné alors notre fils pour son entrée dans la vie. Quentin se mit derrière moi et m’entoura. J’accueillis alors mon bébé dans mes bras, contre ma peau. Il ne criait pas, il respirait calmement, les yeux s’ouvrant doucement au monde des Hommes..

Première rencontre. Premier regard. La magie s’installa.

A l’aube d’une renaissance commune tant qu’individuelle, nous devenions une famille.

« Bienvenue mon amour, nous sommes si fiers de toi…
Nous t’aimons. « 
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Le retour au calme

Après un moment rempli de tendresse, de baisers, de chaleur et de contacts, le placenta, qui était au bord de mes lèvres, commença à me faire un peu mal. Amandine me proposa une dernière poussée pour accompagner sa sortie, de façon à ce que ce soit plus agréable.

Placenta sorti, Amandine proposa à Quentin de couper le cordon. Je refusais d’abord, je voulais attendre que le cordon s’arrête de battre. Amandine me fit alors remarquer que le placenta était déjà sorti. Ahah ! J’étais tellement déconnectée ! Je dis alors une parole sur le lien, quelque chose comme, « Ce lien coupé ne te coupe pas de la source, tu y seras toujours connecté, à l’intérieur de toi. » Ton père coupa ton cordon, mon fils.

Il était à peine 23h. Je n’en revenais pas.

Puis, je ressentis le besoin de me rafraîchir. Quentin prit notre petit en peau à peau, tendis que je me déplaçais vers la baignoire. Je perdais beaucoup de sang, et je fis un malaise dans la baignoire. Finalement, je revins à moi : il fallait que je mange et que je boive quelque chose. J’engloutis 3 barres de céréales et de l’eau, en regardant mes deux hommes l’un contre l’autre. Ce moment m’a permis de revenir doucement à moi, pour mieux aller vers mon nouveau-né, mon fils.

Je m’installais alors pour l’allaiter, et Amandine nous proposa de le laisser venir au sein de lui même: bébé nous fit le plaisir d’un joli crowling, aidé, je l’avoue, par ma main en fin de course. Un très beau moment de partage avec notre petit d’Homme! Il téta gouluement dès le départ. Je tombais sous ton charme, mon bébé, mon trésor.
Enfin, après environ 1h30 je crois, ce qui me parut beaucoup plus rapide que cela, Quentin ressenti le besoin de se laver également. Amandine revint vers moi pour quelque papiers, et me demanda : « Alors, comment s’appelle t’il ton petit chou? »
Je la regardais, et lui répondis, tendrement :
« Moïse ».
Ses yeux se remplirent d’émotion, de larmes de joie nous saisirent, à l’évocation de ton prénom, mon fils. Je pris sa main.
« Tant d’amour dans ta voix… C’est magnifique. »

Bienvenue mon fils, mon trésor,
Moïse.

 

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