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Le placenta ou arbre de Vie

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10 Sep 2016

Le placenta ou arbre de Vie

Par Maïtie Trélaün dans Écrits

Le placenta est un véritable organe du bébé pendant sa vie intra-utérine ; c’est lui qui le maintient en vie et qui transforme le corps de sa mère. Pourtant nous n’y portons pas grande attention. Et s’il méritait de sortir de l’ombre et du mystère ?

« Comment veux-tu savoir qui tu es si tu ne sais pas où est ton placenta ! » me disait une sage-femme traditionnelle mexicaine. C’est un des éléments qui m’a amené très tôt à m’interroger sur cet organe méconnu.

Arbre de vie

Je me souviens, le jour où j’ai découvert l’existence du placenta. J’avais 18 ans, j’assistais pour la première fois à une naissance dans une clinique de sage-femme à Grasse avec Madame Camillieri.
Elle me montra le placenta même si j’était un peu réticente car je trouvais cela assez sanguinolent et sans trop d’intérêt après la naissance que je venais de savourer. La sage-femme l’étala et l’inspecta avec une attention surprenante. D’un côté je vis une masse spongieuse et charnue assez nette même si elle n’était pas lisse et de l’autre… Ce que je voyais était inattendu : je vis un arbre avec le cordon en guise de tronc, les branches et le feuillage. Il était moulé dans les membranes qui le rendait lisse à tel point que j’avais envie de le toucher. C’était tellement étonnant pour moi : l’enfant avait donc son propre Arbre de Vie dans le ventre de sa mère ! 

Madame Camilleri me tira de ma rêverie avec une phrase simple : « Porte toujours une grande attention à l’inspection du placenta ! ». Alors très timide je n’osais pas demander pourquoi. 

Je trouvais mes réponses au fil des années qui suivirent.

La délivrance : une étape clé pour la femme

J’ai compris par la suite l’importance de l’expulsion du placenta qui libère ainsi la mère et la rend disponible à ce qui va suivre pour elle : être Femme ou être mère d’un autre enfant.
C’est la phase la plus délicate pour elle même si elle est moins spectaculaire que la naissance du bébé. C’est le seul moment où la femme saigne naturellement si l’accouchement a été physiologique sans altération de ses tissus.  Lorsqu’il se décolle une centaine d’artères coulent à flot dans son utérus et si les contractions ne sont pas présentent pour enserrer les vaisseaux comme dans le mailles d’un filet qui se rétracte, la femme se vide littéralement de son sang. C’est ce qui explique la peur du monde médical.

J’ai observé les femmes avec qui j’avais des délivrances compliquées pour voir si elles avaient quelque chose en commun. En dehors des cas où l’accouchement était compliqué, j’ai noté qu’une majorité d’entre elles avaient tendance à s’abandonner, à déprimer comme si elles n’avaient pas inconsciemment pris la décision de mordre à la vie ; d’autres répétaient un schéma familiale de mort en couches ; d’autres encore ne se sentaient pas capable d’élever cet enfant qui n’était pas toujours désiré… Bien sûr d’autres ne semblaient rentrer dans aucune case.

J’ai alors porté mon attention à préparer les femmes à ce stade de l’accouchement si souvent négligé. J’ai réalisé que, pour elles, la naissance de l’enfant n’était qu’un entracte car elles ont à expulser la totalité de son corps aquatique. Elle avait alors à miser sur elle et à choisir de vivre. D’ailleurs, lorsque des délivrances étaient compliquées, le seul fait de les amener à poser ce choix  suffisait à débloquer le processus.

Mais qu’en est-il pour le bébé, car en fait, c’est une partie de lui ?

D’où vient-il ?

Pour répondre à cette question, je suis retournée dans mes cours d’embryogenèse pour revenir au commencement. Ma plongée dans ce monde microscopique m’a passionnée.

Dès l’instant où la fécondation a lieu, les cellules se multiplient tout en glissant le long des Trompes de Fallope en direction de l’utérus. Elles forment un œuf enveloppé et protégé par une paroi un peu épaisse.
Dès que l’œuf arrive dans la cavité utérine, la paroi protectrice se rompt : c’est la  première naissance de cet amas de cellules à l’origine d’un nouvel être. L’œuf est accueilli par la muqueuse utérine épaisse et nourricière qui l’enveloppe pour le protéger. Les cellules fécondées commencent alors à se spécifier : celles qui vont former le placenta se regroupent contre la muqueuse utérine, les autres vont former le cordon ombilical, les membranes et le corps du bébé.
Tout cela compose ce que j’appelle le corps « aquatique » du bébé. C’est issu d’une seule et même cellule. Et c’est à tout cela que la mère donne naissance le jour de l’accouchement.

Lorsque j’ai commencé à respecter cette unité sans rompre le cordon, j’ai permis aux parents de voir ce corps aquatique de leur enfant dans son intégrité. C’était très émouvant, comme s’ils comprenaient quelque chose de fondamental qui permettait que chaque chose soit à sa place. Le bébé avec son placenta et la maman.

J’ai appris, que dans certaines cultures,  ont pratiqué le Lotus Birth qui consiste à préserver le placenta et le cordon (par des soins spécifiques) tant que ce dernier ne se détachait pas spontanément. Le bébé semblait plus calme et plus serein et en plus le cordon tombait plus rapidement (2 à 3 jours maximum).

J’ai alors réalisé que le rôle du placenta ne se cantonnait pas à la vie intra-utérine.

Il contient une partie du sang du bébé

J’ai compris en lisant les écrits de Michel Odent entre autres, que la section rapide du cordon ombilical se pratiquait depuis des siècles et des siècles, répondant toujours à un besoin de séparer la mère de son enfant pour des raisons variant en fonction des périodes. Cela répondait toujours à une peur qui n’était pas fondée (peur que l’enfant tête le colostrum supposé nocif, qu’il se vide de son sang…).

Encore aujourd’hui, des croyances  se transmettent sur le risque que l’enfant se vide de son sang s’il est placé sur le ventre de sa mère (donc au-dessus du niveau du placenta). En fait, le cordon pulse encore un certain temps après la naissance, véhiculant le sang du placenta vers l’enfant quelles que soient les positions de l’un par rapport à l’autre. Cela permet que tout le sang contenu dans le placenta (450ml) revienne à son propriétaire (à savoir l’enfant). Couper le cordon plus tôt revient à subtilisé du sang au bébé puisque c’est son sang qui pulse dans le cordon et le placenta.

En plus, le placenta a permis à l’enfant de s’implanter, de se créer, de grandir dans le corps de sa mère

C’est l’avocat du bébé

J’ai compris que la qualité de la grossesse dépendait en grande partie de la qualité du placenta dont dépendent les échanges entre la mère et l’enfant.

Le placenta est véritablement un organe de l’enfant qui permet de suppléer tous les systèmes tant que l’enfant n’a pas son autonomie de fonctionnement.

Dans le couple mère-enfant, il agit comme l’avocat du bébé. En effet, il va tout faire pour « manipuler » le corps de la mère (dilution du sang, augmentation de l’élasticité des muscles et des tendons, baisse du système immunitaire,transformation de la digestion et de l’assimilation, changement du fonctionnement cérébral…) au risque parfois de la mettre en danger (anémie, diabète, toxémie gravidique…) afin d’avoir le meilleur pour répondre aux besoins de l’enfant.

 

Il est gardien du bien être de l’enfançon. Il ne craint pas pour cela de perturber la mère au profit de l’enfant. Il lui demande de s’adapter, de lâcher, d’ouvrir encore et toujours… et si elle résiste, il peut la mettre réellement en danger.

En amenant les femmes à s’offrir à leur enfant et à accepter de donner plus que ce qu’elles imaginaient pouvoir faire, j’ai vue des anémies récupérer, des tensions baisser, des prurit s’arrêter, des nausées disparaître… La femme disait « oui » et lâchait le contrôle.

 

Un passeur entre 2 mondes

Autant le placenta permet à l’enfant de s’implanter dans la muqueuse utérine pour se créer, autant il le soutient dans ce premier pas dans la vie extra-utérine.

Lorsque le cordon est respecté à la naissance, il continue de pulser tant que le bébé n’est pas autonome. Il donne ainsi du temps à l’enfant pour s’adapter à la vie aérienne.

Il l’oxygène pour lui permettre d’apprendre à respirer à son rythme sans qu’il soit en danger.

Il prépare son système immunitaire à la rencontre de tous les microbes familiers de sa mère. Ainsi l’enfant ne crains aucune infection tant qu’il est dans cet environnement familier car la femme a développé des anticorps protecteurs qui sont transmis à l’enfant par le placenta.

Il lui apporte des éléments nourriciers pour le soutenir à réguler sa température, la sécheresse de l’air. Cela lui donne aussi l’énergie d’aller jusqu’au sein pour téter le colostrum.

Et en plus, il véhicule l’ocytocine dont la mère est baignée dans les minutes qui suivent la naissance (c’est le plus haut pic de sécrétion que l’on puisse connaître). Cette hormone favorise la capacité d’aimer (de s’aimer soi-même, d’aimer ceux qui l’entourent ainsi que le monde qui l’environne) et ce, pour de nombreuses années. Elle favorise l’attachement mère/enfant en même temps qu’elle impulse le détachement mère/placenta.

Lorsque l’enfant est autonome, le cordon cesse de battre et le placenta se décolle.

Lorsque le placenta est inutile, le cordon se détache du nombril de l’enfant.

Que faire alors du placenta ?

 

Quel devenir pour le placenta ?

Certains parents choisissent de récupérer le placenta de leur enfant et de l’enterrer dans le jardin en y plantant un arbre, ou dans un espace qu’ils aiment.
Ainsi l’enfant peut répondre à la sage-femme mexicaine, il sait où est sa terre, il sait d’où il vient car il sait où est son placenta.

D’autres en prélèvent une partie pour en faire des dilutions homéopathiques à usage de la mère et/ou de l’enfant.

Ce qui est important c’est de faire ce qui vous semble juste et d’y donner du sens.

Le placenta est précieux. C’est une partie du corps aquatique de votre enfant qui devient inutile lorsqu’il vit sur Terre. Comment prenez-vous soin du corps de quelqu’un qui meurt et se détache de son corps devenu dés lors inutile ? qu’avez-vous envie de faire avec le placenta de votre enfant ?

 

Comment protéger cette période sensible ?

J’ai réalisé que pour la mère, comme pour l’enfant, la période qui suivait la naissance et allait jusqu’à la délivrance était très délicate pour l’un comme pour l’autre. Ce n’est pas facile de protéger cette période pour favoriser son déroulement car si la femme n’est pas dans la physiologie (donc dans la partie archaïque et instinctive de son cerveau), il peut y avoir pathologie.

C’est entre autre pour cela que j’ai œuvré pour l’accouchement physiologique car je savais (et mon expérience me l’a confirmé comme d’autres de part le monde) que du moment que la femme reste dans cet espace, tout se déroule simplement pour elle et pour son enfant. Encore faut-il bien définir ce qu’est la physiologie !

 

Conclusion

Le meilleur moyen de protéger cette période sensible est d’être présent à cette complétude de l’enfant avec son placenta même si le cordon a été coupé, même si l’enfant en est séparé, même si on ne sait pas ce qu’il va en advenir.

Si vous lutter pour éviter ce qui se fait, vous passerez à côté de ce qui est important, de ce temps de présence à votre enfant,  à votre compagne, à votre délivrance… Peu importe les faits, c’est la manière dont vous les vivez qui fait toute la différence.

Tout est réparable du moment qu’on ne lutte pas contre ce qui a été blessé ou blessant.

Et vous, savez-vous où est votre placenta ? Et si vous imaginiez savoir où il se trouve, qu’est-ce que cela vous ferait, qu’est-ce que cela change dans votre corps ? Ne cherchez pas dans votre tête car se n’est pas elle qui a la réponse !

 

 

Pour aller plus loin

 

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