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Une naissance décisive pour mon métier de sage-femme

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29 Jan 2017

Une naissance décisive pour mon métier de sage-femme

Par Maïtie Trélaün dans Écrits

La naissance de ma fille Nina, ma deuxième née, m’a donné l’impulsion de continuer ma pratique sage-femme. Mais je ne pouvais pas la continuer comme avant, car cette naissance a été un puissant révélateur de la connaissance de la Femme à ce moment-là.

La naissance de Nina

Extrait de mon livre « J’accouche bientôt: que faire de la douleur ? »

Les contractions ont commencé très calmement dans la nuit. Je me suis levée, tout le monde dormait. Mon fils est venu me rejoindre au petit matin, nous avons fait un gros câlin et lu une histoire. Sa dernière histoire de fils unique. La maison s’éveillait tout doucement. J’ai prévenu la sage-femme qu’elle pouvait prendre son temps. Ma maman est partie se promener avec son petit-fils.

J’ai perdu les eaux, et brusquement, tout a changé. C’était comme si mon corps était envahi par une force venue d’ailleurs, non maîtrisable et qui prenait possession de tout mon être. Je n’étais plus moi, j’étais passage de cette force. Les contractions se traduisaient par une sensation d’étirement violent derrière ma symphyse pubienne, mais cette fois pas dans les os, sur le col. Un son profond sortait de ma gorge.

L’envie d’être dans l’eau s’est imposée, je me suis immergée, accroupie en travers de notre petite baignoire. Mon mari s’est attelé à faire chauffer de l’eau pour maintenir le bain à bonne température. L’eau arrivait juste à la hauteur de ma symphyse pubienne et cela suffisait à me soulager. Le son dans ma gorge se faisait plus guttural. Je n’avais pas besoin de m’examiner pour sentir le col se dilater, je ressentais tout. C’est comme si je voyais à l’intérieur de mon corps. Mon compagnon était là, silencieux, calme, présent, disponible…, sa présence m’était primordiale.

Tout à coup « ça » a poussé. Ce n’était pas moi qui poussait, mais mon corps qui expulsait mon bébé, voire même c’était mon bébé qui s’expulsait au travers de mon corps. Je n’avais d’autre choix que de lui ouvrir la porte. 

La barre douloureuse avait disparu. C’était une sensation de force allant vers l’extérieur, une ouverture : cela me calmait, me faisait du bien même si c’était une force phénoménale. Je sentais la tête sans avoir besoin de la toucher.

Je me suis redressée pour détendre mes jambes. Je n’avais plus que faire de l’eau. Mon compagnon m’a accueillie à côté de la baignoire dans une grande serviette chaude, m’a soutenue je ne sais trop comment.

De nouveau, une poussée s’est imposée. La tension était très forte dans mon périnée, ça brûlait. Je sentais la tête arriver dans ma main. Spontanément je me suis mise à lui parler : « Tout doux, on se calme, on se calme ! ». Je sentais mon périnée au maximum de sa tension et le crâne de mon bébé dans le creux de ma main.

Tout doucement la tête s’est dégagée. Je l’ai caressée : « Bonjour bébé, bienvenue ! ». J’étais contente, j’attendais la prochaine contraction. J’ai eu l’impression qu’elle ne viendrait jamais…

Alors j’ai eu très peur. Et si le reste ne pouvait pas sortir ? J’ai hurlé le nom de la sage-femme qui n’était toujours pas là et la force de ce hurlement a dégagé le corps de notre enfant. Il était là, dans mes mains… C’était fini ! Et en même temps quelque chose commençait, quelque chose de nouveau, comme si cette naissance avait ouvert une porte en moi vers un inconnu extrêmement vaste.
Je l’ai pris dans mes bras, je me suis assise : j’étais captivée par son regard. Un regard si puissant.  Je me sentais toute petite, intimidée, comme devant un Maître d’une profonde sagesse . Son regard me disait : « Ne t’inquiètes pas, tu vas y arriver : je suis là ! »

Je ne savais pas encore que c’était une fille.

Je ne peux plus me taire

Lorsque je me suis redressée pour aller dans ma chambre quelques instants après, un voix criait en moi : « tu ne peux plus te taire ! »

  • J’avais vécu dans mon corps cette puissance de la mise au monde
  • J’avais découvert que je savais ce qui était adapté pour moi sans avoir besoin qu’une sage-femme me le dise
  • J’avais découvert la justesse de cette connaissance de la femme dont on ne m’avait pas parlé

Je ne pouvais plus me taire ! Il fallait que je permette aux femmes de contacter cela et il fallait que je comprenne par où cela passait, il fallait que je l’exprime au monde.

L’espace de sécurité maximal

L’endroit où la femme et l’enfant sont le plus en sécurité pour accoucher et naître, c’est l’espace de la physiologie quel que soit le lieu et l’équipe avec laquelle cela se passe. La physiologie est méconnue ; on utilise ce mot pour désigner un accouchement qui n’est pas pathologique. Mais ce n’est pas cela, c’est tellement plus. C’est un espace bien précis du cerveau de la femme qui induit les réactions en chaînes de la physiologie et, si rien ne vient perturber, se termine à merveille.

Et si, plutôt que de chercher à prévenir une pathologie, on s’attachait à favoriser la physiologie ? Cela changerait le monde de la naissance… Mais cela demanderait de changer profondément nos comportements.

Cela demanderait d’admettre que la femme en sait plus que quiconque sur ce qui est adapté pour elle et pour son bébé à ce moment-là. Cela demande plusieurs choses :

  • Qu’elle ait appris à écouter son corps car c’est le seul espace qui sait
  • Qu’elle se sente en sécurité pour lâcher la part d’elle qui contrôle, donc qu’elle se sente protégée
  • Que l’équipe médicale devienne observatrice et soutenante

Cela demande de revoir l’attitude de chacun en prenant en compte les réelle compétences de chacun. L’inconvénient, c’est que personne ne peut prévoir par où va passer la femme pour mettre au monde son enfant. On a donc à lâcher le contrôle et à faire confiance à notre savoir-faire qui se met au service de notre savoir-être. Cela demande que chacun revienne vers lui, se fasse confiance et fasse confiance à l’autre afin que personne n’ait à sauver l’autre.

Est-ce une utopie ? Je ne pense pas. Est-ce que cela va demander énormément de changement ? Oui. Est-ce que cela va simplifier la naissance ? Oui. Est-ce que cela va en diminuer les coûts ? Oui. Est-ce que cela va diminuer la mortalité et morbidité périnatale ? Je pense que oui. Irons-nous dans cette direction ? Cela dépend de chacun de nous.

J’accouche bientôt : que faire de la douleur ?

Mon livre s’adresse à tous, même si je l’ai écris à la demande des sages-femmes. Il contient des éléments très précieux au niveau scientifique même si je l’exprime dans un vocabulaire simple et même parfois poétique. Il était novateur en 2007 lorsque je l’ai écrit car il était le premier livre à décrire clairement les rouages de la physiologie.

Depuis j’ai découvert d’autres éléments, qui permettent d’affiner encore plus, mais il demeure qu’il reste une base sur laquelle on peut s’appuyer.

Si vous n’y croyez pas, vous trouverez plein de moyen de le détraquer (et moi aussi). Si cela vous parle, il viendra simplement confirmer ce que vous ressentez, donc cet espace de vous qui sait.

Que ferez-vous de ça ? Le laisserez-vous au placard ou oserez-vous changer votre manière d’être et à écouter ce qui sait en vous même si ce n’est pas ce qu’on vous a appris ?

Si vous avez envie de changer quelque chose… alors, si cela fait sens pour vous… contactez-moi, je sais que nous pourrons trouver des chemins ensemble.

Pour aller plus loin

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