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Vers une maternité plus consciente

Maternité plus consciente
22 Mar 2018

Vers une maternité plus consciente

Par Maïtie Trélaün dans Écrits

Aujourd’hui, alors que la technologie permet d’apporter une sécurité médicale à toutes les étapes de la maternité, la femme a la possibilité d’aller toucher ce que j’appelle « la sécurité physiologique ». Elle peut choisir en conscience de faire corps avec ce qu’elle vit et arrêter ainsi de s’en couper et de se laisser déposséder.

 

Lorsque je pratiquais en tant que sage-femme les gens étaient étonnés de deux choses :

  • Les accouchements que j’accompagnais en tant que salariée se passaient très souvent simplement. On me disait sage-femme « eutocique » (tout se passe bien).
  • Je ne me suis jamais opposée à la médicalisation ; j’ai remis en question sa systématisation.

Je n’ai jamais soutenu les couples à lutter contre la médicalisation ; je les ai accompagnés à y ouvrir des chemins de physiologie. C’est ce qui a très fortement contribué à la création d’espaces physiologiques dans des grandes maternités lyonnaises.

 

Une technologie en soutien de la physiologie

C’est parce que la technologie permettait une intervention rapide, efficace et même parfois légère et que je pouvais y avoir recours, que j’encourageais les femmes à plonger dans la physiologie pour mettre au monde leur enfant dans la joie et la simplicité. Je savais que si quelque chose les bloquait, elles sortiraient de la physiologie pour aller dans l’eutocie ; nous aurions alors le temps de nous rapprocher d’une équipe médicale au cas où une pathologie surviendrait.

Ce n’était pas le cas dans la première moitié des années 1900. Alors que les gens s’élevaient contre ma pratique arguant un retour en arrière, je la vivais au contraire, comme un grand pas dans l’évolution du monde de la naissance.

C’est le pas qui amorçait le virage que nous prenons.

Laisser l’enfant libre

J’ai toujours été pionnière dans mon domaine, c’est souvent ce qui perturbe. J’ouvre des chemins et pour cela j’ouvre des portes dans les mentalités. Elles sont parfois verrouillées par les peurs.

Depuis toute petite j’ai l’impression d’être habitée par la naissance physiologique : avoir un enfant fait partie de la vie. Pourtant nous portons la mémoire de la nécessité absolue de se reproduire pour assurer la pérennité de l’espèce.

Lorsque j’ai commencé, il y a 30 ans, à accompagner les couples dans leur projet d’enfant, donc avant la conception, je ne m’attendais pas à plonger aussi loin dans les difficultés de procréation. Des questions fondamentales lançaient des challenge à ma tête de chercheuse passionnée : qu’est-ce que le désir d’enfant ? En quoi est-ce si vital pour tant de femmes, de couples ?

J’avais l’impression parfois que la raison de vivre de la femme tenait sur cet enfant. Cela me laissait un goût amer en me rappelait cette sensation de poids que je ressentais à chaque fois que ma mère me disait que j’étais « Sa joie de vivre ». Je la sentais agrippée à moi, même si elle ne le manifestait pas, me donnant la lourde responsabilité de sa joie. N’avez-vous jamais ressenti quelque chose de similaire ?

J’ai la sensation que les enfants aujourd’hui ne veulent pas être « utilisés » pour nourrir la joie de vivre de leur mère. C’est comme s’ils mettaient leurs conditions avant de s’incarner.

En accompagnant les couples à lâcher leur désir d’enfant qui les malmenait tant, je les ai amené à toucher leur propre désir de vivre. Qu’est-ce qui les motivait dans leur vie s’ils n’avaient pas d’enfants ? Une fois traversé l’inacceptable, cette question ouvrait un espace où naissaient des projets, où des rêves devenaient réalisables, où la joie pétillait… J’avais l’impression que leurs « Terres » retrouvaient leur propre rivière de Vie.

Je voyais naître ces hommes, ces femmes. Chacun se redressait et se mettait en route vers sa propre réalisation. La joie revenait dans leur couple. L’enfant devenait un plus et non une condition à leur bonheur : il était libre de venir ou non. Les futurs parents ne greffaient plus leur pulsation de vie sur lui. Bien souvent cela suffisait pour que l’enfant arrive.

Être disponible à l’enfant à naître

Pour les générations qui nous précèdent, avoir des enfants était souvent indispensable à leur réalisation. C’était parfois la seule raison de vivre des femmes. Toute leur vie y était consacrée. Elles étaient prêtes à beaucoup de sacrifices pour réussir cela.

J’observe que les choses changent aujourd’hui ; je rencontre de plus en plus de jeunes qui privilégient leur réalisation personnelle. Ils n’ont pas peur d’être parents, cela ne fait juste pas sens. En revanche, lorsqu’un enfant arrive, ils sont disponibles et s’y consacrent avec une étonnante conscience.

C’est ce qui m’encourage à ouvrir ce tiroir de « la maternité consciente » pour partager ma manière de la vivre.

Une conscience bien concrète

Le mot « conscience » fait parfois peur car on l’associe à une démarche esotèrique déconnectée de la réalité.

Je suis née avec les pieds bien sur terre. J’ai une tête de scientifique qui a besoin de trouver des preuves pour confirmer ce que je sens. En même temps j’aime donner du sens à ce que je fais et amener de la cohérence à ce que je vis. J’ai une confiance absolue dans la Vie qui m’amène à considérer que tout ce qu’elle me fait traverser détient quelque chose qui me permet d’évoluer vers plus de justesse.

Qu’est-ce que j’entends par « conscience » ?

Vivre en conscience ce que je fais revient à avoir la compréhension de tout ce qui se joue tant en moi qu’à l’extérieur et d’en avoir une perception accrue. Je ne suis jamais certaine d’avoir la perception de la totalité des éléments qui interagissent, en revanche, je prends en compte la totalité de ceux que je perçois.

Cette conscience me donne la possibilité de vivre pleinement l’instant présent en « faisant corps avec » donc en m’y engageant à 100%. Je prends alors la pleine responsabilité de ce que je fais et de l’impact que cela produit même si je n’en ai pas le contrôle.

L’alliance de la présence et de la conscience

Je ne parviens pas à dissocier la « conscience » de la « présence » tant les deux m’apparaissent comme les deux facettes féminine et masculine d’une même qualité.

La conscience m’amène une ouverture alors que la présence m’ancre dans mon corps, dans mes sensations. L’alliance des deux me permet de rester dans une réalité bien concrète et de ne pas me déconnecter de ce que je vis.

Aller vers une maternité plus consciente entraîne d’y être davantage présent. Cela permet à chacun de ne pas se couper de ce qu’il vit, de ne pas se laisser déposséder. Cela permet aussi d’être ouvert à ce qui se passe et qui parfois nous dépasse en développer notre connaissance intuitive de la vie.

Le rationnel et l’intuitif se complètent, la matière et l’énergie trouvent des chemins d’incarnation, la technologie et la physiologie se soutiennent… Je sors de plus en plus de la dualité qui amène la combattivité, la performance, les tensions et la douleur pour expérimenter l’unité. J’y gagne de l’espace et du temps qui amènent de la fluidité, de la simplicité et de la joie dans ce que je vis au quotidien. Ces 3 qualités sont les bases de la physiologie et donc d’une naissance heureuse.

C’est ce que j’ai envie de vous partager au travers de ce que je propose que ce soit en conférence, ateliers, web-conférences, stages et formations.

 

Pour aller plus loin

 

 

 

  • Marie 12 avril 2018 at 15 h 29 min / Répondre

    Merci Maïtie pour ces beaux articles si riches et si vivants !

    Je me sens en résonance avec cette alliance « Présence/conscience » dont tu parles. Cette façon d’être à la fois dans son axe et dans son intuition, dans le subtil comme dans la matière.

    Au début de ton article tu évoques le fait de « faire corps avec ce que l’on vit » et c’est une des choses qui m’a le plus accompagner dans mon accouchement et aussi dans ma vie. « Aller avec ». Oser investir un projet de naissance ou un projet de vie tout en acceptant ce que la vie nous propose au moment où elle nous le propose. C’est une voie très subtile, un discernement très fin pour ressentir à quel moment la détermination est une force (surtout quand la société, ses préjugés et ses structures ne vont pas forcément dans le sens de nos choix) et quand elle glisse vers l’entêtement et la lutte qui deviennent alors nos propres pièges. C’est un véritable chemin de croissance !

    Par ailleurs, je trouve aussi très précieux que tu évoques l’importance de ne pas faire reposer sur les épaules de l’enfant la condition de notre bonheur. Cela est le cas pour le projet d’enfant, sa création et pour toute sa vie. Quel cadeau de rendre son enfant libre de notre propre bonheur ! Et quel cadeau d’ouvrir le grand champ de la puissance créatrice pour qu’elle trouve d’autres chemins que la seule procréation pour exprimer la grande danse de la vie.

    Merci Maïtie de ces partages éclairés et inspirant !
    Au plaisir de te lire et de t’entendre 🙂

    Marie
    La voie de la famille

    • Maïtie Trélaün 24 avril 2018 at 13 h 06 min / Répondre

      Bonjour Marie
      Merci de ton partage et de cette belle énergie qui se diffuse au travers de tes mots
      Bien à toi

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